Mona Lisa, de l'ombre à la lumière... - 33 Tours

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Écrit par Alain Succa   
Samedi, 25 Avril 2009 17:50
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Mona Lisa, de l'ombre à la lumière...
33 Tours
Vingt ans plus tard...
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Sur le premier album, L'Escapade (1974), on devine que cette âme est portée sur le sarcasme antisocial ou le récit légendaire, très logiquement dans la lignée du Caricatures (1972) d'Ange, en moins paillard et moins maîtrisé. Dominique Le Guennec peut être considéré dès le début comme un chanteur et parolier des plus imaginatifs, doublé d'un showman généreux et inventif. Sans oublier son honnête jeu de flûte, plus proche des limites techniques de Peter Gabriel que de l'exubérance de Ian Anderson (Jethro Tull). Autre centre d'intérêt, la guitare de Christian Galas, essayant de faire du neuf avec les plans les plus froids de Steve Hackett ou les moins sidéraux de Robert Fripp... Tous les ingrédients d'un style nouveau et d'une identité intéressante sont au rendez-vous; il reste à mettre le brouillon au propre!


La copie est rendue l'année suivante avec Grimaces, qui enfonce le clou dans la même veine (ça fait mal !), avec plus de maturité et d'assurance, alternant grandiloquence et sobriété, tradition poétique rurale et pamphlet socio contemporain, patrimoine français et paysages anglais. Les concerts reçoivent alors un accueil chaleureux, sans pour autant atteindre l'engouement général que suscitait Ange. Sur scène, le titre "Accroche-Toi et suis-moi "qui prend toute sa valeur, est particulièrement prisé par le public, en partie grâce à son envolée finale... accrocheuse! Mais le premier véritable morceau de bravoure est aussi le plus élaboré sur disque : "Au Pays Des Grimaces", avec un Le Guennec particulièrement inspiré et de nombreux solos de guitare de Gallas. On sent nettement que les orléanais veulent s'engager totalement dans leur art afin de s'envoler au plus vite. Mais il y a encore quelques sacs de sable à larguer : moins d'approximation musicale, moins d'auto complaisance littéraire.


Ce sera pratiquement chose faite avec le disque suivant, le relativement célèbre Le Petit Violon De Mr Grégoire (1976).
Ce changement d'altitude devra obligatoirement passer par une période de crise, avec délestage de musiciens à la clé; Christian Gallas est donc sacrifié en faveur du jeune Pascal Jardon, moins inventif, mais plus imposant et tout aussi attachant car, en fin de compte, leurs styles de jeu sont assez proches l'un de l'autre. Pas d'énorme changement d'orientation artistique mais la voix de Dominique Le Guennec est plus mûre, plus assurée, pour chanter des mots plus clairs, des textes mieux construits. L'humour est plus présent "Le Publiphone" ,la musique est plus limpide "Solaris est un véritable hymne au roi des astres". Et sur la trilogie qui donne son nom à l'album, Mona Lisa livre toute sa démesure, avec des arrangements où la cohésion et le son prévalent sur les performances individuelles. La musique, libre et belle, applique alors sa poussée ascensionnelle. Si Le Petit Violon... constitue le point culminant de la carrière de Mona Lisa en terme de popularité,


Avant Qu'il Ne Soit Trop Tard (1977) en est probablement le sommet artistique.
Un disque fait d'ombres et de lumière, d'histoires de pestiférés et de chant de marins, d'ambiances macabres ou diaboliques et de passages bucoliques, de ballades en traîneau dans la nuit enneigée et de traversées de villes modernes. De rythmes saccadés, denses, intenses, vibrants, et de moments intimes, bouleversants. De fatalité et d'absence, de vie et d'espoir. Les influences un peu encombrantes de Ange pèsent moins sur cette musique magnifique qui semble, dans sa maturité fraîchement acquise, plus que jamais inspirée par le meilleur de Genesis. Le manège tourne, tourne pour nous étourdir dans une ronde fatale.

Puis une à une les étoiles se meurent et un nouveau jour se lève...
Vers Demain dévoile un bouleversement au sein du groupe, une importante remise en question. Les années 80 approchent, et Mona Lisa estime qu'il lui faut laisser derrière lui certaines illusions, retrouver une énergie plus en adéquation avec l'époque, sans pour autant renier le passé. Pas convaincu, Dominique Le Guennec se retire, laissant sa place au batteur Francis Poulet qui, dans un registre assez proche, s'en tire plutôt bien. Plus étonnant encore la guitare est tenue glorieusement par l'ancien claviériste Jean-Paul Pierson, qui cède son tabouret à un petit virtuose nommé Michel Grandet. En définitive, on obtient une musique plus commerciale et abordable, une Sorte d'adaptation FM du progressif classique, qui préfigure d'une certaine manière le néo-progressif de la décennie suivante. Rien d'impérissable dans ce disque, même si on retrouve des morceaux d'une certaine ampleur, "Le Rat...", "Curriculum Vitae", soutenus par une volonté de plaire à un public élargi, et un final comme toujours très réussi, plein de grâce et d'émotion, mais en forme d'adieu cette fois. Car Mona Lisa ne Survivra pas à ce désir de reconnaissance non assouvi .
Malgré une tenue générale correcte, l'album n'obtint pas le succès espéré.
Découragés, les membres du groupe jetèrent l'éponge...