Mona Lisa, de l'ombre à la lumière... - Vingt ans plus tard...

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Écrit par Alain Succa   
Samedi, 25 Avril 2009 17:50
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Mona Lisa, de l'ombre à la lumière...
33 Tours
Vingt ans plus tard...
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A l'évocation de ce groupe français, quelles impressions nous reste-t'il aujourd'hui?

Pour les détracteurs, une approche théâtrale, excessivement maniérée, du rock progressif chaleureux d'antan; un goût parfois controversé pour ses couleurs musicales baroques.
Pour les nostalgiques, cette volonté d'en découdre avec les meilleures formations de l'époque, ce mélange de commedia dell'arte et de fables médiévales, cette sincérité un brin naïve qui mettait en lumière les réflexions et les préoccupations d'une jeunesse engagée dans la douceur chimérique de l'anticonformisme et de la lutte sociale.
Pour moi et quelques autres fans, une musique un peu désuète mais fraîche et colorée, respectueuse de celle des aînés et ayant même laissé quelques traces que l'on retrouve parfois chez certaines formations italiennes ou françaises actuelles; un groupe attachant, capable du meilleur comme du pire, incomparable dans l'excellent, un peu en-dessous de Ange dans le mauvais, mais qui eut la volonté, malgré les critiques négatives, d'aller jusqu'au bout de ses idées, tout en cherchant à s'améliorer.


De l'ombre à la lumière...
C'est donc dans des dispositions relativement favorables que nous apprenions l'incroyable "reformation" de Mona Lisa.

Oyez, oyez braves fans, le troubadour électrique était de retour.


A propos du chant, Le Guennec utilise toujours aussi bien sa voix, mais ce phrasé "rive gauche"/chanson de rue "c'est extrrraaa !" peut indisposer les non-initiés, alors que les inconditionnels ne pourront pas nier leur plaisir.
Côté musical, les titres s'enchaînent avec intensité dans une production soignée (à défaut d'être imaginative), en respectant l'esprit "seventies", sans se contenter d'invoquer les Saintes reliques et les glorieuses icônes.
Le charme opère et nous séduit au bout de quelques écoutes, sans trahir nos meilleurs souvenirs.
Au rayon des nouveautés, aucune tentative maladroite d'adapter les valeurs du passé aux années 90. Simplement quelques morceaux plus bluesy "Souvenirs" ou plus carrés (le puissant et entêtant "Quelque part sur un quai"), comme autant de preuves vivantes que l'entreprise n'est pas trop nostalgique.
Ces titres plus ramassés représentent des velléités d'ouverture "commerciale ?" qui auront peut être du mal à passer l'épreuve du temps mais qui rendent le disque abordable à davantage d'auditeurs.
Il arrive que la joie d'écouter de la musique déborde à flots si large qu'il faut la verser dans le coeur des amis qui vous comprennent.
C'est pourquoi j'évoquerai avec ferveur les morceaux "Passion" ou "Les Guerriers", moments délicieux et intemporels, comme ces roses qui fleurissent au bord des plus arides chemins. Guillaume nous offre là ses plus belles interventions à la guitare, abouties comme jamais auparavant, comme s'il s'était enfin donné le temps et les moyens de les maîtriser pour que, le moment venu, la tête laisse la place au coeur et aux tripes sans que des impuretés ne viennent troubler la clarté de la cascade de notes.
Mona Lisa a donc suivi l'humble sentier du travail bien fait sans tenter follement de surprendre la fortune moderne ou de récupérer la reconnaissance facile des vieux fans transis. Mais la lutte pour obtenir une grande oeuvre (La "quête du Graal"?) exige une force et une volonté constante.

Mona Lisa avait su concevoir un album équilibré, à la hauteur de nos éxigences, en disposant convenablement les masses, en réunissant harmonieusement les forces et les faiblesses, mais on peut déplorer qu'il ne soit pas magnifique.

Dans la joie des retrouvailles, peut-on lui en tenir rigueur ?